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Rétrospective Banger, rue du Jour

Des photos du vernissage par agnès b. sur sa fan page facebook www.facebook.com/agnesb.officiel

agnès b. a le plaisir de présenter des oeuvres de Banger, période parisienne, 1989-1995.

"Il était une fois.
Un homme, tout de noir vêtu et si mince, que sur la tranche il pouvait cisailler la lumière, les couleurs, en silence, sur le fil du rasoir.
Années 80. Le peintre, Henry Benvenuti, dit Banger, est au cœur du chaudron New Yorkais. Avec la bande à Warhol, avec les rockers de l’East Village en fusion, il explore les frontières sulfureuses du temps. Il collabore sur toile avec son compadre Jean Michel Basquiat. Il arpente les nuits louches, les rues nocturnes où résonnent les cris des vendeurs de produits interdits. Dans l’appartement connu sous le nom de « Palais Princier », il dort dans un cercueil. Le plancher est couvert de peintures, de détritus « artistiques ». Il peint.
Il ne peut faire autrement. On appelle cela « possession ». Non pas posséder mais être possédé, comme disait, pour eux tous, le mage Bill Burroughs.
Pour nous donner à voir.
Henry Benvenuti Banger est de cette aristocratie du temps. Seigneur, pirate, bien chez lui dans les forêts de verre, de néon, de métal, de marchandises, du béton qu’on l’a vu longtemps arpenter, pâle, indéchiffré, dangereux, avec sa canne à pommeau d’argent, bien décidé à savoir dire non pour pouvoir dire OUI.
Oui, c’était l’ère du Rock and Roll, en son sens noble, libre épique, rebelle, visionnaire, sauvage, poétique. Daemon au cœur du nouvel Eden de la consommation. La consommation du crime.
En anglais ça se dit « consummation ». Celui que j’ai connu se consumait, brûlant avec lui le spectacle asservi pour en révéler, rougeoyant, les nervures, les tendons, les organes, les filaments. Car toujours, même dans les ruines carbonisées où sa quête le menait parfois, il voulait, il veut trouver le cœur. Sans peur il a mené sa guerre, entre extases et malédictions. Il en est sorti vivant, pour conjurer l’image, pour conjurer la paix, [... ] +

Des photos du vernissage par agnès b. sur sa fan page facebook www.facebook.com/agnesb.officiel

agnès b. a le plaisir de présenter des oeuvres de Banger, période parisienne, 1989-1995.

"Il était une fois.
Un homme, tout de noir vêtu et si mince, que sur la tranche il pouvait cisailler la lumière, les couleurs, en silence, sur le fil du rasoir.
Années 80. Le peintre, Henry Benvenuti, dit Banger, est au cœur du chaudron New Yorkais. Avec la bande à Warhol, avec les rockers de l’East Village en fusion, il explore les frontières sulfureuses du temps. Il collabore sur toile avec son compadre Jean Michel Basquiat. Il arpente les nuits louches, les rues nocturnes où résonnent les cris des vendeurs de produits interdits. Dans l’appartement connu sous le nom de « Palais Princier », il dort dans un cercueil. Le plancher est couvert de peintures, de détritus « artistiques ». Il peint.
Il ne peut faire autrement. On appelle cela « possession ». Non pas posséder mais être possédé, comme disait, pour eux tous, le mage Bill Burroughs.
Pour nous donner à voir.
Henry Benvenuti Banger est de cette aristocratie du temps. Seigneur, pirate, bien chez lui dans les forêts de verre, de néon, de métal, de marchandises, du béton qu’on l’a vu longtemps arpenter, pâle, indéchiffré, dangereux, avec sa canne à pommeau d’argent, bien décidé à savoir dire non pour pouvoir dire OUI.
Oui, c’était l’ère du Rock and Roll, en son sens noble, libre épique, rebelle, visionnaire, sauvage, poétique. Daemon au cœur du nouvel Eden de la consommation. La consommation du crime.
En anglais ça se dit « consummation ». Celui que j’ai connu se consumait, brûlant avec lui le spectacle asservi pour en révéler, rougeoyant, les nervures, les tendons, les organes, les filaments. Car toujours, même dans les ruines carbonisées où sa quête le menait parfois, il voulait, il veut trouver le cœur. Sans peur il a mené sa guerre, entre extases et malédictions. Il en est sorti vivant, pour conjurer l’image, pour conjurer la paix, pour nous donner à voir.
Car sa main et son cœur ne font qu’un. Ses épiphanies comme ses déchirements sont ceux là même qu’il a mis sur le papier ou sur la toile. Maître. Serviteur. « Que la paix soit avec toi ».
Oui, Banger a traversé les images, les miroirs brisés de ce temps, les échardes et les braises, pieds nus, parfois même jusqu’au sang. Ce temps qui est le nôtre, nous tous aujourd’hui qui rêvons quand même de salut, au bord de l’abîme. Il l’a décortiqué, disséqué, écrasé, déchiré pour déplier autrement, recollant patiemment les morceaux en signes, en pages, en livres, magiques, évidents.
Pour nous donner à voir.
Pour nous aider à lire, au long des pages, au fil des toiles parfois sauvages et magnifiques, parfois douces et tendres comme l’agneau qui pourtant ne saurait cacher sa blessure.
Pour lui, il n’y a pas d’école. Peintre fulgurant, il raconte simplement une histoire, la nôtre. Dans ce temps, exactement, comme pour tous les temps.
L’histoire peut-être de « l’homme mutant », pour l’impossible avènement d’un royaume d’amour, sans lequel pourtant, nous périrons. Le coeur sur la main, il nous offre ces signes qu’il arrache à la nuit bariolée où nous ne savons plus voir. Les enchaînant, nous pourrons peut-être retrouver un langage, un mantra, un tarot, une PRIERE qui, cette fois, ne sera pas un mensonge. Comme cette histoire qu’il écrit, cette créature en filigrane, vivante, rhizome, qui est partout, qui est nulle part, échappant ainsi à ceux qui englobent et dévorent.
Oui, la matière, le trait, la touche, la couleur, ici, sont inséparables du cœur, de l’œil au milieu du front.
Pour nous donner à voir."

Jean-François Vallée, New York, septembre 2009 -

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